Ameenah Gurib-Fakim professeure de chimie organique et pro vice-chancelière de l’Université de Maurice, a été désignée lauréate du Prix L'Oréal-Unesco pour les Femmes et la Science. pour l’Afrique « pour son inventaire des plantes de Maurice et sa recherche sur leurs applications biomédicales ».
Elle a réalisé le premier inventaire complet des plantes aromatiques et médicinales de Maurice et de l’île voisine Rodrigues. Son analyse scientifique des propriétés antibactériennes, antifongiques et antidiabétiques de diverses plantes a permis d’ouvrir la voie à leur utilisation en tant qu’alternative efficace aux médicaments commerciaux.
Madame Gurib-Fakim nous accorde un entretien à l’Université.
Nous lui présentons tout d’abord notre projet et lui posons quelques questions auxquelles elle a la gentillesse de nous répondre.
♣Pourquoi les plantes médicinales reviennent elles à la mode alors même que ces méthodes sont connues depuis des milliers d’années ?
La médecine moderne est encore très jeune. Elle n’existe que depuis 75 ans avec Alexander Fleming, dont la découverte accidentelle permettant d'isoler la pénicilline en septembre 1928 a marqué le début des antibiotiques modernes.
Cette médecine dépend tout de même des plantes et des molécules qui les composent. La chimie moderne produit des ingrédients de qualité souvent moins tolérés que ceux d’origine naturelle.
Cela explique le regain d’intérêt pour les plantes médicinales que nous connaissons ces dernières années.
Un autre exemple, qui s’est avéré important dans l’essor des huiles :
En parfumerie, on utilisait comme fixatif car les parfums étaient trop volatiles des huiles d’origine animale. Les associations de protection des animaux ont manifesté leur mécontentement et appelé au boycott des parfumeurs. Paco Rabane a été le premier a réagir en utilisant le vétiver à la place, ce fut un coup d’éclat marketing. Aujourd’hui, leurs parfums possèdent tous ce fond de vétiver.
L’île Maurice, par contre, a continué à utiliser les méthodes traditionnelles.
♣Comment a-t-on connaissance des plantes médicinales?
La connaissance est plutôt affaire d’histoire orale, c'est-à-dire les remèdes dit de « grand-mère » que l’on se confie de générations en générations. Pour en faire l’inventaire, il a fallu aller au devant des gens et faire beaucoup de portes à portes. Ensuite, il y a tout de même une documentation existante qui a été étudiée.
♣Quels composants d’une huile essentielle possèdent des caractères médicinaux?
Plusieurs produits pharmaceutiques possèdent des composants d’huile essentielle.
Pour information, vous devez savoir qu’une huile possède entre 60 et 140 composants.
Par exemple, l’huile du « Tea Tree », originaire d’Australie, dont le nom biologique est le Melaleuca alternifolia contient comme principaux principes actifs de grandes quantités de terpinéol, de cinéol, de pinène, ainsi que de terpinènes.
A Maurice, le Melaleuca Quinquenervia appartient à la même famille mais certains composants diffèrent.
On retrouve ainsi les mêmes molécules dans différents genres de plantes. Ne pas confondre, le genre et l’espèce ! Par exemple, l’eucalyptus est le genre et Globulus est l’espèce.
♣Les Huiles essentielles sont elles aussi efficaces qu’un médicament moderne ?
L’efficacité est la même. Il faut encore le prouver. La composition d’une huile est très complexe.
Aujourd’hui, on utilise l’Ylang-Ylang pour traiter l’anxiété. Il y a trop de molécules dans sa composition pour arriver à définir précisément laquelle est active ainsi que son action exacte sur le cerveau ou le système nerveux.
Reportage consacré à Ameenah Gurib Fakim dans le Journal Télévisé de TFI




